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Dimanche 26 janvier 1930 :
Les Vagues ne se vendront pas à plus de deux mille exemplaires*. Je suis prise à ce livre. Je veux dire que j’y suis engluée comme une mouche à du papier collant. Il m’arrive de perdre le contact, mais je continue quand même, et de nouveau je sens que je suis parvenue à force de volonté et d’audace — comme lorsqu’on fonce à travers les ajoncs — à empoigner le cœur du sujet. Peut-être puis-je maintenant dire les choses directement et tout au long, sans qu’il soit nécessaire de jeter continuellement ma ligne pour donner à mon livre la forme qui lui convient. Mais comment le former, l’accorder, lui donner son unité ? Je n’en sais rien, pas plus que je ne sais encore ce que sera la fin : peut-être une gigantesque conversation. Les intermèdes sont très difficiles, et cependant essentiels pour jeter des ponts et fournir une toile de fond : la mer, la nature insensible, que sais-je ? Mais je crois, lorsque je suis emportée dans ce mouvement, que j’ai raison. En tout cas pour l’instant, toute autre forme romanesque ressemble à une répétition.
* 31 octobre 1931, 6500 exemplaires des Vagues, vendus en trois semaines. Mais la vente va s’arrêter maintenant, je suppose (Note de V W)
